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Edito de Jean Paul Sermonte print E-mail

Si par hasard…

La chanson Le vent semble avoir une place particulière dans le cœur des admirateurs de Brassens. Elle est l’une des plus interprétées et des plus écoutées. Son succès tient sans doute à sa légèreté et sa célérité, sa concision et son humour.

Elle est la chanson la plus courte de Georges : une minute neuf secondes ! Un record  pour Brassens ! (Catherine Ringer pour les besoins du film Reine d’un jour réussit l’exploit d’en étendre la durée à 3’43 !) Les deux premiers tétrasyllabes captent tout de suite l’attention :

Si par hasard / Sur l’ pont des Arts

Ils sont à ce point devenus célèbres que, dit-on, les guides des bateaux-mouches passant sous le fameux pont les rappellent aux visiteurs.

Cette chanson, agrémentée de mots rares et drôles  : maraud, jean-foutre, fâcheux, colin-tampon…, est la plaisante allégorie d’un vent frondeur et facétieux, polisson ressemblant comme deux gouttes d’eau à un certain polisson de la chanson.  

Le vent est un élément de référence dans l’œuvre de Brassens : Jeanne, Je rejoindrai ma belle, Corne d’Aurochs, Rien à jeter, Oiseaux de passage… Le poète chante le vent qui rend fou (Gastibelza), le vent déluré qui ne s’en prend pas qu’au Chapeau de Mireille, le vent  libertin qui dévêt la belle baigneuse (Dans l’eau de la claire fontaine) le vent  lamartinien, glacial et terrifiant qui vient de la tombe et moissonne les vivants (Pensées des morts.)  N’oublions pas les deux alexandrins admirables de La marche nuptiale, l’une des plus grandes chansons de Georges :

Voici le vent qui souffle emportant, crève-cœur !
Le chapeau de mon père et les enfants de chœur…

Tous les grands poètes de la chanson ont chanté le vent. Il hante les chansons de Trenet  :

Ce soir le vent qui frappe à ma porte… (Que reste-t-il de nos amours)

On l’appelait Chante le vent / Il venait nous voir bien souvent/
A Saint-Jérôme… (Chante le vent)

Ferré :
Le vent qui hurle sur la mer
A des violons dans ses yeux verts
(Le vent)

Anne Sylvestre :
Fille folle amante du vent/ Boucle ton corset
Baisse bien la tête/ Méfie-toi qui aime le vent
Engendre la tempête…
(La femme du vent)

Brel :
Mon père disait/ C’est le vent du Nord/ Qui fait craquer les digues/ A Scheveningen… (Mon père disait)
Quand le vent est au rire quand le vent est au blé
Quand le vent est au sud écoutez-le chanter
Le plat pays qui est le mien.
(Le plat pays)

Le symbolisme du vent revêt bien des aspects :  pacifiques ou belliqueux mais toujours poétiques. Le vent est synonyme du souffle, donc de la vie et de l’Esprit. Il personnifie la liberté, la violence également et exerce son pouvoir sur les puissances bienveillantes ou néfastes.  Il ne pouvait qu’inspirer les poètes de la chanson. Parmi eux, Brassens, avec son style inégalable, a su nous offrir quelques-unes de ses rimes les plus mémorables.

JPS

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